Le monde a célébré, le 30 janvier, la cinquième Journée mondiale de lutte contre les maladies tropicales négligées (MTN). En République démocratique du Congo, cette date constitue un moment clé de sensibilisation et de mobilisation contre ces pathologies qui continuent de peser lourdement sur la santé publique, particulièrement dans les provinces vulnérables.
Placée sous le thème mondial « Unir, agir et éliminer les maladies tropicales négligées », et au niveau national « Unir, agir et éliminer les maladies tropicales négligées pour la santé physique, mentale et la dignité des communautés », cette journée n’est pas passée inaperçue à Tshikapa, chef-lieu de la province du Kasaï.
À cette occasion, le Dr Freddy Kabeya Mukenge, médecin coordonnateur provincial, s’est exprimé devant la presse locale pour lancer un appel fort à l’engagement de toutes les parties prenantes, notamment les autorités politico-administratives, les leaders communautaires et les partenaires techniques et financiers.
Selon lui, les maladies tropicales négligées telles que l’onchocercose, la filariose lymphatique, la schistosomiase, les vers intestinaux transmis par le sol et le trachome constituent un véritable problème de santé publique. Ces pathologies, ciblées par la chimiothérapie préventive, demeurent une menace sérieuse pour la santé des populations et un frein majeur au développement socio-économique des communautés.
« Les MTN sont à la fois une conséquence et un indicateur de la pauvreté. Elles se développent dans des environnements insalubres et touchent principalement les populations les plus démunies », a expliqué le Dr Freddy Kabeya Mukenge.
Il a souligné que ces maladies entraînent souvent discrimination, stigmatisation, marginalisation sociale, divorces et exclusion, surtout chez les personnes ayant développé des complications graves. Les handicaps et invalidités qui en résultent impactent directement la morbidité et la mortalité, réduisant ainsi le potentiel de développement des communautés.
À l’échelle mondiale, plus d’un milliard de personnes sont exposées au risque de contracter une MTN. La région africaine de l’Organisation mondiale de la Santé supporte près de la moitié de la charge mondiale liée à ces maladies, largement répandues dans les zones tropicales et subtropicales, principalement en milieu rural et dans les quartiers urbains défavorisés.
En RDC, plus de 60 millions de personnes sont exposées aux MTN. Le pays compte déjà environ 60 000 cas de cécité dus à l’onchocercose, une situation alarmante lorsque l’on sait qu’un aveugle représente une perte estimée entre 15 et 20 années de vie productive pour une nation.
S’agissant de la province du Kasaï, le médecin coordonnateur provincial a indiqué que l’ensemble de la population est à risque, en raison de la situation géographique et des conditions environnementales. Les 18 zones de santé de la province sont endémiques à l’onchocercose, dont la lutte a débuté depuis l’an 2000. Par ailleurs, 11 zones de santé ont déjà arrêté le traitement contre la filariose lymphatique, même si la prise en charge des cas de morbidité demeure limitée par le manque de financement.
La province compte également une zone de santé endémique à la schistosomiase, celle de Luebo, où les enfants âgés de 5 à 14 ans constituent la principale cible.
Pour le Dr Freddy Kabeya Mukenge, lutter contre les MTN au Kasaï, c’est contribuer à l’atteinte de 12 des 17 Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030. À cet effet, cinq stratégies clés sont recommandées :
la chimiothérapie préventive,
la lutte antivectorielle,
l’approvisionnement en eau potable, l’assainissement et l’hygiène du milieu,
la prise en charge des cas, infirmités et séquelles,
et la lutte contre les zoonoses.
Un appel clair à l’unité et à l’action collective pour éradiquer ces maladies silencieuses, mais dévastatrices.
Sadam Kapanda Wa Kapanda

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