Le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a annoncé, jeudi 27 août 2026, la convocation d’un dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, présenté comme une initiative souveraine destinée à s’attaquer aux causes profondes des crises qui fragilisent la République démocratique du Congo.
Dans son adresse à la Nation, le chef de l’État a souligné que les processus diplomatiques de Washington et de Doha, ainsi que la médiation de l’Union africaine, restent indispensables pour traiter les dimensions régionale et sécuritaire de la crise dans l’est du pays. Mais, selon lui, ces mécanismes ne peuvent à eux seuls réparer les fractures internes de la société congolaise.
« Notre cohésion intérieure dépend avant tout de nous », a-t-il affirmé, estimant que la paix durable devra nécessairement reposer sur la cohésion nationale et la reconstruction intérieure de l’État.
Un dialogue présenté comme une initiative congolaise
Félix Tshisekedi affirme avoir consulté, avant cette décision, les institutions de la République, les forces politiques et sociales, les confessions religieuses, les autorités coutumières, les milieux scientifiques, plusieurs personnalités congolaises ainsi que certains dirigeants de la sous-région.
Le dialogue, selon lui, sera « conçu par les Congolais et pour les Congolais », conduit sur le territoire national et orienté vers les intérêts supérieurs de la nation.
Il réunira les différentes composantes de la société autour de quatre priorités : défendre la République, consolider la paix, préserver l’unité nationale et protéger les intérêts stratégiques du pays.
Le président a toutefois fixé plusieurs lignes rouges. Le dialogue ne constituera ni une négociation avec l’agresseur et ses supplétifs, ni un mécanisme destiné à remettre en cause le résultat de l’élection présidentielle de 2023.
Il ne devra pas non plus entraîner la suspension des institutions de la République, lesquelles, a-t-il précisé, continueront à exercer leurs prérogatives jusqu’au terme constitutionnel de leurs mandats.
Le processus débutera dans les 26 provinces
L’une des principales particularités annoncées par Félix Tshisekedi concerne l’organisation territoriale du processus.
« Ce dialogue ne commencera pas à Kinshasa, mais au cœur de nos 26 provinces, de nos territoires et de nos communautés », a-t-il déclaré.
Avant les assises nationales, une vaste consultation politique et technique sera ainsi organisée dans chaque province.
Des forums préliminaires devraient réunir, dans les chefs-lieux provinciaux, les populations, les autorités locales, les députés nationaux et sénateurs élus de chaque province, les représentants des entités territoriales décentralisées et déconcentrées, les partis de la majorité comme de l’opposition, la société civile, les autorités coutumières et les confessions religieuses.
Les milieux professionnels, économiques, universitaires et scientifiques seront également associés.
Chaque province sera appelée à établir son propre diagnostic sur les causes de l’insécurité, les conflits fonciers et coutumiers, les tensions communautaires, les insuffisances administratives, les inégalités et les obstacles au développement.
Femmes, jeunes, travailleurs et diaspora associés
Le président souhaite également une participation élargie des différentes catégories sociales.
Les organisations de femmes et de jeunes, les travailleurs, les personnes vivant avec handicap, les entrepreneurs, les agriculteurs, les enseignants, les chercheurs, les artistes, les professionnels de santé, les acteurs de l’économie informelle ainsi que la diaspora congolaise seront notamment consultés.
L’objectif annoncé est de recueillir les priorités et propositions de ces différentes composantes afin de les intégrer dans un document de synthèse national.
Ce document devrait servir de base aux assises nationales organisées à Kinshasa.
Ainsi, le chef de l’État veut que les assises nationales constituent l’aboutissement d’une consultation nationale, et non le point de départ d’un processus décidé uniquement dans la capitale.
« Le peuple congolais ne sera pas appelé à entériner les conclusions d'une négociation menée sans lui. Il sera la source, la conscience et le véritable auteur de ce processus », a déclaré Félix Tshisekedi.
Une participation politique annoncée comme inclusive, mais encadrée
Les assises nationales devraient réunir des délégués représentant la diversité politique, institutionnelle, sociale, territoriale et culturelle de la RDC.
Le président promet une parole libre, contradictoire et responsable, dans le respect de la Constitution, des lois de la République et de l’intérêt national.
Mais cette inclusivité connaît une limite clairement posée par le chef de l’État : les groupes armés ne pourront pas obtenir une légitimité politique par la force.
« Aucune arme ne conférera à son porteur un droit supérieur à celui que le suffrage reconnaît aux citoyens », a-t-il martelé.
Il exclut ainsi de la participation en tant que composantes politiques les acteurs qui, au moment de l’ouverture du processus, combattent l’ordre constitutionnel par les armes, occupent une partie du territoire national, administrent illégalement des entités de la République ou agissent, selon lui, au service d’une puissance étrangère, notamment le Rwanda.
Pour Félix Tshisekedi, cette règle ne constitue pas une exclusion fondée sur l’origine, l’appartenance politique ou les opinions, mais une sanction politique à l’égard de ceux qui « mènent la guerre contre la République ».
La refondation de l’État au cœur du processus
Au-delà de la recherche d’un compromis politique immédiat, le président présente ce dialogue comme un processus de refondation de l’État.
L’ambition affichée est de permettre à la RDC de ne plus se contenter de répondre aux manifestations successives des crises, mais d’en traiter les causes profondes.
Pour y parvenir, Félix Tshisekedi appelle les Congolais à dépasser les appartenances politiques, idéologiques et communautaires lorsque celles-ci entrent en contradiction avec l’intérêt supérieur de la nation.
« Si la démocratie nous autorise à nous opposer, la patrie, elle, nous interdit de nous déchirer », a-t-il déclaré.
Le véritable enjeu de ce dialogue sera désormais sa capacité à transformer cette déclaration politique en un processus crédible, représentatif et débouchant sur des réformes concrètes, alors que la RDC a déjà connu plusieurs expériences de dialogue dont les résultats n’ont pas permis de mettre durablement fin aux crises.
Cécile Kapinga
Enregistrer un commentaire