Le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a annoncé jeudi 27 août 2026 la mise en place prochaine d’un dispositif chargé d’organiser le Dialogue national pour la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État, dont l’ensemble du processus devra être conduit dans un délai maximal de trois mois.
Dans son adresse à la Nation, le chef de l’État a précisé que ce dialogue sera distinct du processus de Doha engagé avec l’AFC-M23. Selon lui, Doha demeure le cadre destiné à traiter les questions liées à la cessation des hostilités, au désengagement, au cantonnement et au désarmement.
« Le dialogue national ne se substituera pas à ce processus », a-t-il assuré, excluant également qu’il puisse devenir une voie permettant aux groupes armés d’obtenir politiquement ce qu’ils n’ont pas obtenu par les voies démocratiques.
Une porte ouverte aux combattants qui renoncent aux armes
Félix Tshisekedi a toutefois annoncé qu’une voie de réintégration dans la communauté nationale restera ouverte aux membres des groupes armés qui, individuellement, renonceront de manière « sincère et vérifiable » à la violence.
Cette réintégration devra passer par les mécanismes de désarmement, démobilisation, réintégration, relèvement communautaire et stabilisation, ainsi que par les dispositifs de justice et de réconciliation.
Le président a cependant posé une limite : la recherche de la paix ne devra pas se transformer en impunité.
Les crimes de guerre, crimes contre l’humanité, actes de génocide, violences sexuelles graves et autres crimes imprescriptibles, a-t-il prévenu, ne pourront être effacés par une amnistie générale au nom d’un compromis politique.
« Nous ne construirons pas la réconciliation sur l’oubli », a-t-il déclaré, plaidant pour un équilibre entre la réintégration de ceux qui renoncent à la violence et la justice due aux victimes.
Un comité d’organisation sera institué par ordonnance
Pour donner une base institutionnelle au processus, Félix Tshisekedi a annoncé qu’il prendra « dans les tout prochains jours » une ordonnance instituant le Comité d’organisation du dialogue national.
Ce comité sera chargé de la préparation administrative, matérielle et logistique des assises et devra notamment vérifier que les conditions préalables à leur tenue sont réunies.
À l’issue de ses travaux, il remettra au président de la République un rapport préliminaire contenant ses conclusions et recommandations.
Sur cette base, une seconde ordonnance convoquera officiellement le dialogue et en fixera les principes directeurs, les étapes, les modalités de représentation ainsi que les mécanismes de suivi et de mise en œuvre des conclusions.
Une commission préparatoire sera également instituée. Elle aura pour mission de concevoir et d’organiser le processus, de proposer sa feuille de route et de conduire les consultations politiques et techniques.
Ses membres seront choisis, selon le président, pour leur compétence, leur probité, leur indépendance d’esprit et leur attachement à l’intérêt national.
Les consultations commenceront dans les 26 provinces
Le processus débutera par des consultations dans les provinces avant de se poursuivre par les assises nationales à Kinshasa.
« Un dialogue congolais consacré à l'avenir du Congo doit se tenir au Congo sous la responsabilité des Congolais », a déclaré Félix Tshisekedi.
L’ensemble du processus sera limité à trois mois maximum.
Le président entend ainsi éviter que les assises ne s’enlisent dans des discussions interminables. Il veut un processus suffisamment inclusif pour permettre une expression pluraliste et représentative, mais également suffisamment encadré pour éviter les manœuvres dilatoires et la dilution des responsabilités.
Un « pacte national » à l’issue des assises
Les travaux devront aboutir à l’adoption d’un Pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État.
Ce pacte devra se traduire par des mesures concrètes relevant des différentes institutions de la République.
Les engagements relevant de la présidence feront l’objet de décisions précises, tandis que ceux relevant du gouvernement devront être traduits en actions assorties d’échéances, de moyens et d’objectifs mesurables.
Les réformes relevant du Parlement seront transmises conformément aux procédures constitutionnelles.
Le chef de l’État annonce également la création d’une matrice politique de mise en œuvre, précisant pour chaque engagement l’institution responsable, le calendrier d’exécution et les résultats attendus.
Un mécanisme national de suivi sera institué et des rapports périodiques devront être rendus publics.
« C'est par la transparence que nous reconstruirons la confiance. C'est par l'exécution que nous distinguerons ce dialogue de tous ceux qui l'ont précédé », a affirmé le président.
Les partenaires internationaux pourront accompagner le processus
Félix Tshisekedi souhaite par ailleurs associer les autorités coutumières, la société civile ainsi que les différentes forces morales et sociales du pays.
Les partenaires internationaux pourront également accompagner la mise en œuvre de certains engagements, notamment dans les domaines de la paix, de la reconstruction, de la justice transitionnelle, de la réforme du secteur de la sécurité et du développement.
Cette participation devra cependant se faire dans le respect des choix souverains du peuple congolais.
Tshisekedi annonce des mesures de décrispation politique
Le chef de l’État a également annoncé des mesures destinées à créer un climat politique plus favorable au dialogue.
Il a indiqué qu’il donnerait instruction au gouvernement d’engager, en concertation avec les institutions compétentes et dans le respect de la séparation des pouvoirs, la préparation et la mise en œuvre de mesures de confiance et de décrispation politique.
Ces mesures devront préserver l’indépendance de la justice, garantir les droits des victimes et tenir compte des impératifs de sécurité nationale.
Félix Tshisekedi a également appelé à créer les conditions permettant le retour et la participation de Congolais qui, pour diverses raisons liées aux crises récentes, se sont retrouvés en marge de l’unité nationale.
Il a invité ceux qui se sont engagés dans des voies contraires à « l’idée nationale » mais qui souhaitent se ressaisir à renouer avec la République.
« Baisser le ton » et renoncer aux discours de haine
En conclusion, le président de la République a appelé les acteurs politiques, sociaux, religieux et communautaires à contribuer personnellement à l’apaisement du climat national.
Il leur demande notamment de « baisser le ton », de renoncer aux discours de haine, de proscrire tout appel à la violence et de privilégier l’argument au détriment de l’invective.
Félix Tshisekedi estime que l’intérêt supérieur de la République doit désormais primer sur les intérêts partisans.
Après plusieurs décennies de crises et plusieurs expériences de dialogue aux résultats jugés insuffisants, le nouveau processus annoncé devra donc relever un double défi : réconcilier les Congolais tout en transformant les engagements politiques en réformes effectivement exécutées.
Cécile Kapinga
