Réagissant au discours de l’ancien président Joseph Kabila, Joël Mukadi Betu, président de l’Action sociale pour le soutien des orphelins militaires et de la police/Mukadi (ASSOMIP.MU ONG), dénonce ce qu’il considère comme des leçons de démocratie au regard du bilan de l’ancien régime. Il exige une clarification juridique des responsabilités des acteurs concernés avant le dialogue national et propose la création d’un fonds destiné aux veuves et aux orphelins des militaires.
Le discours de Joseph Kabila continue de susciter des réactions en République démocratique du Congo. Parmi les voix qui se sont exprimées figure celle de Joël Mukadi Betu, qui conteste les critiques formulées par l’ancien chef de l’État contre la gouvernance actuelle et appelle à prendre en compte les responsabilités historiques dans la crise que traverse le pays.
Reconnaissant la profondeur de la crise politique et sécuritaire congolaise, le président de l’ASSOMIP.MU ONG estime que celle-ci résulte d’une accumulation de problèmes sous plusieurs régimes, notamment dans la gestion des groupes armés et la lutte contre l’impunité.
« Alors que celui qui a dirigé 18 ans vient donner des leçons de démocratie à celui qui gère depuis 7 ans. C’est une injure à la mémoire des orphelins que nous défendons », affirme-t-il.
Pour Joël Mukadi Betu, les familles des militaires tombés au front ont payé un lourd tribut sous les différents régimes et ne doivent pas être oubliées dans les débats politiques. Il appelle ainsi les responsables politiques à faire preuve d’humilité et à privilégier la recherche de solutions concrètes à la crise nationale.
Joseph Kabila interpellé sur la situation sécuritaire
Dans sa réaction, Joël Mukadi Betu soulève également la question de la présence de responsables politiques dans les zones de l’est de la RDC confrontées à l’occupation de l’AFC/M23, notamment Goma et Bukavu.
Il estime qu’il existe une contradiction entre les critiques adressées à la stratégie militaire du gouvernement et le séjour d’acteurs politiques dans des zones sous contrôle de groupes armés opposés aux autorités congolaises.
S’appuyant sur la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, il insiste sur la nécessité de défendre la souveraineté nationale et de clarifier les responsabilités des différents acteurs impliqués dans la crise.
Il pose ainsi la question du statut juridique des personnalités concernées : relèvent-elles de l’opposition politique protégée par la Constitution ou doivent-elles répondre d’actes susceptibles de qualifications pénales ?
Pour lui, cette distinction ne peut être ignorée dans la préparation du dialogue national. Il estime qu’une clarification juridique est indispensable pour éviter que le processus politique ne fasse obstacle à la justice.
Ces déclarations relèvent toutefois de son appréciation politique et juridique ; toute responsabilité pénale doit être établie conformément à la loi et par les autorités compétentes.
Un dialogue national qui ne doit pas consacrer l’impunité
Tout en soutenant le principe du dialogue national inclusif annoncé par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, Joël Mukadi Betu met en garde contre toute démarche qui accorderait une légitimité politique à des personnes impliquées dans des crimes sans examen préalable de leurs responsabilités.
« Le dialogue ne peut pas être le blanchissement des crimes, il ne peut pas être une prime à la rébellion », martèle-t-il.
Le président de l’ASSOMIP.MU ONG plaide pour une distinction claire entre les victimes, les opposants politiques agissant dans le cadre républicain et les personnes susceptibles de faire l’objet de poursuites judiciaires.
Selon lui, le dialogue ne doit pas devenir un mécanisme de partage du pouvoir au détriment des victimes de la guerre, particulièrement des familles des militaires et des policiers morts dans l’exercice de leurs fonctions.
« Nous n’accepterons pas que les orphelins de nos soldats soient sacrifiés au nom d’un consensus politique », prévient-il.
Trois mesures proposées pour sortir de la crise
Au-delà de ses critiques contre Joseph Kabila, Joël Mukadi Betu avance trois propositions qu’il présente comme des mesures d’intérêt national.
La première porte sur l’adoption, par le Parlement, d’une loi relative à la qualification juridique des mouvements armés et des entreprises militaires privées. Il estime qu’un tel texte permettrait de mieux distinguer les différentes catégories d’acteurs impliqués dans la crise sécuritaire et de clarifier les responsabilités correspondantes.
La deuxième proposition concerne la création d’un fonds national souverain destiné à soutenir les veuves et les orphelins des militaires. Ce mécanisme serait financé, selon lui, par l’affectation de 5 % des revenus miniers à la prise en charge sociale de ces familles.
« On ne peut pas demander à un soldat de mourir pour la patrie quand sa famille mendie à Kinshasa après sa mort », souligne-t-il, considérant que la protection sociale des familles constitue un élément essentiel de la motivation des forces armées.
La troisième mesure consiste à demander aux acteurs politiques concernés, y compris à l’ancien président Joseph Kabila, de se soumettre à la justice congolaise et de participer au dialogue depuis Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.
Pour Joël Mukadi Betu, la résolution de la crise doit passer par le respect des institutions, la clarification des responsabilités et la défense de la souveraineté nationale.
Les orphelins militaires au centre du plaidoyer
À travers cette réaction au discours de Joseph Kabila, le président de l’ASSOMIP.MU ONG entend replacer la situation des veuves et des orphelins des militaires au cœur du débat politique national.
Il estime que les discussions sur la démocratie, la gouvernance et la recherche d’un consensus ne doivent pas occulter les conséquences humaines des conflits armés ni les difficultés sociales auxquelles sont confrontées les familles des militaires disparus.
Son plaidoyer associe ainsi justice, sécurité et protection sociale, avec l’ambition de faire de la prise en charge des familles des soldats une priorité des politiques publiques.
« La patrie ou la mort, mais la patrie d’abord », conclut Joël Mukadi Betu.
Actu-Service.net
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