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vendredi 6 novembre 2026

Kasaï-Central : les députés obtiennent la tête de Kambulu

Le gouverneur du Kasaï-Central, Joseph-Moïse Kambulu N’Konko, et le député provincial Willy Wishiya lors d’un échange de salutations.
©Photo Droits Tiers

*Le gouverneur est convoqué à l'assemblée provinciale pour répondre à 106 questions sur sa gestion


Le gouverneur du Kasaï-Central, Joseph-Moïse Kambulu Nkonko, se retrouve à nouveau au centre d'une séquence politique particulièrement tendue. Après plusieurs semaines de contestation au sein même de la majorité présidentielle, marquées par des appels répétés à son départ et de lourdes accusations sur sa gestion, le chef de l'exécutif provincial est désormais attendu devant l'Assemblée provinciale pour répondre à 106 questions. Une nouvelle étape qui pourrait donner une dimension institutionnelle à une crise jusque-là largement alimentée par des déclarations et des affrontements politiques.


L'initiative est portée par le député provincial Willy Wishiye Bakatushipa, élu de Kananga. Elle a franchi une étape attendue par beaucoup lors de la plénière de ce vendredi 6 novembre 2026. Sur les 33 députés présents, 20 ont voté en faveur de la transmission de l'interpellation, contre 13 voix défavorables. Ce vote ouvre ainsi la voie à une procédure au cours de laquelle Joseph-Moïse Kambulu devra apporter des éclaircissements sur plusieurs aspects de sa gouvernance.


Les préoccupations soulevées couvrent notamment les infrastructures, la santé, l'éducation et la fonction publique. À travers ces 106 questions, l'initiateur entend obtenir des explications sur les réalisations du gouvernement provincial, l'utilisation des ressources publiques, l'exécution des engagements pris et les résultats obtenus depuis l'arrivée de l'actuel gouverneur à la tête de la province.


*Une contestation politique qui ne date pas d'aujourd'hui*


Cette interpellation intervient dans un climat politique déjà marqué par une série de prises de position hostiles au maintien de Joseph-Moïse Kambulu. Le 17 octobre 2026, Justin Tulume Kasau Sakasimba, président fédéral de l'UDPS/Tshisekedi à Kananga, avait publiquement demandé au gouverneur et à l'ensemble de son gouvernement de démissionner. Il reprochait notamment à l'exécutif provincial l'absence de projets à impact visible, le non-paiement de certains travailleurs et ce qu'il considérait comme une mauvaise utilisation des ressources financières de la province.


« Je demande au gouverneur Kambulu de démissionner avec son gouvernement », avait-il déclaré, estimant notamment que le Kasaï-Central, considéré comme un bastion de l'UDPS, devait également être dirigé par un membre de cette formation politique.


La contestation s'est ensuite élargie. Le 21 octobre, la Ligue des jeunes de l'UDPS/Tshisekedi, par la voix de son président, le docteur John Mboyo Mbantshi, avait également réclamé le départ sans condition du gouverneur. Dans sa déclaration, cette structure dressait un bilan particulièrement sévère de son action, allant jusqu'à lui attribuer une note nulle dans le secteur des infrastructures.


Elle estimait notamment que plusieurs réalisations visibles à Kananga, dont les routes, les établissements scolaires, les infrastructures sanitaires et certains ouvrages, relevaient davantage des interventions du gouvernement central sous le leadership du président Félix-Antoine Tshisekedi que des initiatives propres à l'exécutif provincial.


*L'UDPS divisée sur le sort de Kambulu*


Mais cette volonté de voir partir le gouverneur n'a pas fait l'unanimité au sein du parti présidentiel. Le 27 octobre, à l'occasion de l'arrivée à Kananga de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, une autre frange de l'UDPS, se réclamant de l'aile conduite par Antoine Kalulambi, a publiquement pris la défense de Joseph-Moïse Kambulu.


Ses membres ont contesté l'opportunité d'un changement à la tête de la province, estimant qu'une nouvelle déstabilisation de l'exécutif provincial risquerait de compromettre la continuité institutionnelle.


« Nous ne voyons pas l'urgence pour laquelle ce gouvernement doit tomber », avaient-ils notamment soutenu.


Cette divergence révèle une fracture politique au sein de la fédération provinciale de l'UDPS. D'un côté, les partisans de Justin Tulume réclament le départ du gouverneur au nom de la responsabilité dans la gestion publique. De l'autre, les proches d'Antoine Kalulambi défendent son maintien, invoquant la stabilité des institutions et la nécessité de laisser du temps au gouvernement provincial.


La situation montre ainsi que la contestation de Kambulu dépasse désormais la seule question de son bilan administratif pour toucher aux rapports de force et aux ambitions politiques au sein du parti présidentiel.


*L'Union sacrée, entre défense et désaveu du gouverneur*


Les contradictions ne se limitent pas à l'UDPS. Elles traversent également l'Union sacrée de la nation au Kasaï-Central. Le 23 octobre, des responsables provinciaux de partis et regroupements membres de cette plateforme présidentielle avaient pris position en faveur du maintien de Joseph-Moïse Kambulu. Ils dénonçaient une démarche qu'ils considéraient comme une tentative de déstabilisation des institutions provinciales, mettant notamment en cause des intérêts politiques particuliers.


Ces responsables plaidaient pour la stabilité et la continuité de l'action gouvernementale, estimant que les changements successifs à la tête de la province avaient contribué à freiner son développement.


Cependant, cette position a connu un sérieux contraste quelques jours plus tard. Le 31 octobre, des présidents fédéraux de partis et regroupements membres de l'Union sacrée ont rendu publique une déclaration politique exigeant la démission immédiate et sans condition du gouverneur.


Leur réquisitoire portait notamment sur la gestion jugée opaque des finances publiques et des recettes de la Direction générale des recettes du Kasaï-Central (DGRKAC). Ils ont également évoqué le détournement présumé de 40 motos destinées à cette régie dans le cadre du projet ENCORE soutenu par la Banque mondiale.


À ces accusations se sont ajoutés des reproches concernant le tribalisme, le clientélisme, le manque de leadership, l'insuffisance des réalisations dans les cinq territoires de la province ainsi que des présumés faits de spoliation et de vente illicite de biens immobiliers appartenant à l'État.


Les signataires ont même invité les députés provinciaux à engager une démarche visant la déchéance des membres du gouvernement provincial.


Cette succession de positions contradictoires met en évidence les difficultés de la majorité présidentielle à afficher une ligne commune sur la gestion du Kasaï-Central. Une partie de ses composantes défend la stabilité de l'exécutif, tandis qu'une autre estime que le changement à sa tête est devenu nécessaire.


*106 questions, un nouveau tournant politique*


C'est dans ce climat de méfiance et de contestation que l'interpellation initiée par Willy Wishiye Bakatushipa prend toute sa portée politique.


Au-delà de la procédure parlementaire, les 106 questions pourraient constituer une occasion de confronter les accusations formulées contre le gouverneur aux explications de celui-ci. Elles offrent également à l'exécutif provincial la possibilité de défendre son bilan et de préciser les responsabilités dans la réalisation des différents projets de développement.


Pour son initiateur, cette démarche relève de la mission constitutionnelle de contrôle parlementaire et ne traduit aucun acharnement politique contre le gouverneur.


Mais politiquement, le moment choisi lui donne une résonance particulière. Après les désaveux successifs de certaines structures de l'UDPS et de l'Union sacrée, l'examen parlementaire pourrait devenir un nouveau terrain d'expression des divergences qui traversent la majorité provinciale.


La véritable question est désormais de savoir si Joseph-Moïse Kambulu parviendra à convaincre les députés provinciaux par des réponses précises et des résultats vérifiables, alors que sa gouvernance est déjà contestée par une partie de sa propre famille politique.


Entre les exigences de redevabilité, les accusations de mauvaise gestion et les rivalités internes à la majorité présidentielle, le gouverneur se retrouve face à une double épreuve : défendre son bilan devant les élus et préserver sa légitimité politique au sein d'une coalition de plus en plus divisée.


Actu-Service.net

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