Se taire pour éviter la polémique est une chose. Se taire au point de laisser les citoyens sans explications en est une autre.
Monsieur le gouverneur, la parole est à vous. Mais demain, ce sont les actes qui parleront le plus fort.
En politique, il arrive un moment où le silence cesse d’être une stratégie pour devenir une source d’interrogations. Au Kasaï-Central, ce moment semble s’installer autour du gouverneur Joseph-Moïse Kambulu, dont la voix se fait attendre alors que les débats sur sa gouvernance prennent de l’ampleur.
Les critiques s’expriment, les positions se durcissent et les questions se multiplient. Des acteurs politiques remettent en cause son leadership, tandis que d’autres dénoncent des tentatives de déstabilisation. Dans cette atmosphère, une question demeure : qu’a à dire le gouverneur à la population qu’il dirige ?
Joseph-Moïse Kambulu, votre silence intrigue. Il laisse le champ libre aux interprétations, aux commentaires et parfois aux spéculations. Pourtant, dans une province confrontée à de nombreuses attentes, la parole du premier responsable ne devrait pas être un luxe. Elle constitue un instrument de gouvernance.
Certes, un gouverneur n’est pas tenu de répondre à chaque attaque. Il n’a pas non plus l’obligation de transformer chaque controverse politique en débat public. La fonction exige de la retenue, du discernement et une certaine hauteur. Mais garder le silence face à des préoccupations persistantes ne suffit pas toujours à préserver l’autorité.
Je le répète : Se taire pour éviter la polémique est une chose. Se taire au point de laisser les citoyens sans explications en est une autre.
Le Kasaï-Central n’est pas seulement un théâtre de rivalités politiques. C’est une province où les habitants attendent des routes praticables, des ponts fonctionnels, des écoles dignes de ce nom, des structures sanitaires mieux équipées et des perspectives économiques réelles. Ces préoccupations ne doivent pas disparaître derrière les querelles entre responsables politiques.
Voilà pourquoi la population a besoin d’entendre son gouverneur. Non pas nécessairement pour assister à une nouvelle confrontation verbale, mais pour connaître sa lecture de la situation, comprendre les priorités de son gouvernement et apprécier les résultats de son action.
Si Joseph-Moïse Kambulu estime que les critiques formulées contre lui sont injustes, il peut y répondre par des faits. S’il soupçonne des manœuvres politiques contre son pouvoir, il peut exposer ses préoccupations dans le respect des institutions. Et si certains dossiers nécessitent des explications, rien ne remplace une communication claire et responsable.
Le gouverneur doit comprendre une réalité : le silence ne convainc pas toujours, et l’absence de réponse ne fait pas disparaître les questions.
À mesure que les controverses s’installent, le risque est de voir le débat public se construire sans la voix de celui qui est directement concerné. D’autres parlent alors en son nom, interprètent ses intentions et définissent les contours de son bilan. Le dirigeant perd ainsi l’occasion de présenter lui-même sa vision et de défendre son action.
Monsieur le gouverneur, prendre la parole ne signifie pas céder à la pression. Cela peut, au contraire, être un acte d’autorité. Expliquer, rassurer, reconnaître les difficultés et annoncer des mesures concrètes : voilà ce que les citoyens sont en droit d’attendre d’une gouvernance responsable.
Le Kasaï-Central a besoin d’apaisement, mais l’apaisement ne se décrète pas dans le silence. Il se construit par le dialogue, la transparence et des résultats visibles.
Joseph-Moïse Kambulu, votre voix se fait attendre. Non parce que la province manque de commentaires, mais parce qu’elle a besoin d’entendre celui qui la dirige.
Le moment n’est peut-être pas venu de répondre à tout le monde. Mais il est certainement important de répondre aux préoccupations essentielles.
Car, en politique, le silence peut parfois protéger un homme des polémiques. Il ne protège pas nécessairement son bilan du jugement de l’opinion.
Monsieur le gouverneur, la parole est à vous. Mais demain, ce sont les actes qui parleront le plus fort.
Félix Mulumba Kalemba, journaliste éditorialiste et libre penseur
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