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vendredi 23 octobre 2026

ARSP : pourquoi la justification des fonds publics doit primer sur la polémique autour de Juan Ted Beleshayi ? [Tribune de Joël Mukadi Betu]

Le débat autour de l’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP) mérite mieux que des échanges de communiqués et des prises de position contradictoires. Pour notre organisation, l’urgence est ailleurs : établir la vérité sur la gestion des ressources publiques et garantir que chaque dollar perçu soit utilisé conformément à sa destination.


À la suite des réactions de l’entourage de l’ancien directeur général aux déclarations de l’actuel responsable de l’ARSP, Juan Ted Beleshayi Kasanda, l’ASSOMIP.Mu / ONG appelle à privilégier les faits, les documents comptables et les mécanismes institutionnels de contrôle.


La question fondamentale reste celle de la justification des fonds publics. L’ARSP n’est pas une structure destinée à servir des intérêts particuliers. Elle exerce une mission d’intérêt général et gère des ressources dont la traçabilité doit être garantie. Les recettes issues de la redevance de 1,2 % doivent, à ce titre, faire l’objet d’une gestion rigoureuse et transparente, conformément aux dispositions applicables.

C’est précisément au nom de cette exigence que notre organisation avait saisi les autorités compétentes. Dès le 24 mai 2024, puis le 2 mai 2025, à travers la lettre référencée N° 006/ASSOMIP.Mu/ONG/PN-MBJ/05-025 adressée au ministre de l’Industrie, nous avions sollicité des éclaircissements sur plusieurs éléments relatifs à la gestion financière de l’établissement.


Nos préoccupations portaient notamment sur le tableau des redevances perçues en 2023, la synthèse des entrées et sorties de fonds sans justificatifs pour cette même année, le tableau de trésorerie de 2023 accompagné des relevés bancaires de la SOFIBANK, ainsi que les sorties de caisse non justifiées enregistrées entre janvier et août 2024.


À ce jour, nous estimons que ces interrogations méritent des réponses documentées. Il ne s’agit pas de condamner qui que ce soit sur la base de simples allégations, mais d’obtenir des explications précises sur les opérations financières concernées. La présomption d’innocence doit être respectée, tout comme le droit des citoyens à demander des comptes sur l’utilisation des ressources publiques.


Nous le réaffirmons : la transparence doit précéder la polémique.


Avant de multiplier les accusations ou les contre-accusations, il convient de mettre les documents à la disposition des instances de contrôle compétentes afin que les faits soient établis. L’Inspection générale des finances (IGF) et la Cour des comptes ont notamment vocation à contribuer, dans le cadre de leurs compétences respectives, au contrôle de la gestion des finances publiques.


Un nouveau départ qui mérite d’être évalué sur les faits


Notre organisation apporte son soutien aux efforts de redressement engagés par l’actuel directeur général, Juan Ted Beleshayi Kasanda. Ce soutien repose sur les actions présentées dans le bilan de ses cent premiers jours, lesquelles doivent être appréciées à l’aune de leur efficacité, de leur régularité et de leurs effets sur le fonctionnement de l’établissement.


Parmi les réalisations mises en avant figure l’acquisition d’un bâtiment destiné à abriter la direction générale à Kinshasa. Si cette opération permet effectivement de réduire les dépenses locatives et de renforcer le patrimoine de l’État, elle constituerait une mesure favorable à une gestion plus rationnelle des ressources publiques. Sa portée doit toutefois être appréciée au regard des documents attestant les conditions d’acquisition, le coût de l'opération et ses avantages économiques.


L'organisation d'un corps d'inspecteurs internes constitue un autre axe important. Dans un secteur où les opérateurs attendent une régulation efficace, la mise en place de mécanismes de contrôle peut contribuer à renforcer la surveillance des recettes, à améliorer le respect des obligations des entreprises et à réduire les risques de mauvaise gestion. Encore faut-il que ces mécanismes fonctionnent dans la pratique et produisent des résultats mesurables.


Enfin, le retour à la rigueur administrative et financière doit être une priorité permanente. La transparence ne saurait se limiter à des déclarations d'intention : elle exige des procédures fiables, des pièces justificatives accessibles aux organes habilités et une reddition régulière des comptes.


C'est sur cette base que nous entendons apprécier les efforts de la nouvelle direction. Notre soutien n'est ni un chèque en blanc ni une prise de position contre des individus. Il traduit notre volonté de voir l'ARSP fonctionner conformément à sa mission, dans l'intérêt de l'État et des acteurs congolais de la sous-traitance.


La redevabilité, une exigence pour tous


Nous invitons donc les personnes ayant exercé des responsabilités au sein de l'ARSP, comme les responsables actuellement en fonction, à privilégier la production de documents vérifiables et à répondre aux préoccupations soulevées par les mécanismes appropriés.


La recherche de la vérité ne doit être ni un instrument de règlement de comptes ni un moyen de détourner l'attention des questions essentielles. Elle doit permettre d'établir les responsabilités éventuelles sur la base de preuves, sans préjuger des conclusions des organes compétents.


L'ARSP représente un enjeu important pour la souveraineté économique de la République démocratique du Congo. Elle doit contribuer à faire respecter les règles de la sous-traitance, à favoriser la participation des entreprises congolaises et à garantir une régulation crédible du secteur privé.


En tant qu'organisation qui affirme défendre les intérêts des veuves et des orphelins des FARDC et de la PNC, ainsi que ceux des contribuables, l'ASSOMIP.Mu / ONG estime que chaque ressource publique doit être gérée avec responsabilité. La confiance des citoyens dans les institutions dépend notamment de leur capacité à rendre compte de leurs actes.


Nous demandons donc que les préoccupations financières soulevées soient examinées avec sérieux et que les réponses soient apportées par les voies institutionnelles appropriées. Dans le même temps, nous encourageons l'actuelle direction à poursuivre les réformes annoncées et à démontrer, par des résultats vérifiables, sa volonté d'améliorer la gouvernance de l'établissement.


La RDC n'a pas besoin de polémiques interminables, mais d'institutions responsables, de comptes transparents et de résultats concrets.


Le débat sur l'ARSP doit ainsi quitter le terrain des affrontements personnels pour se concentrer sur l'essentiel : la traçabilité des fonds, la responsabilité des gestionnaires et la défense de l'intérêt général.


Car, en matière de gestion publique, la confiance ne se décrète pas. Elle se construit par les actes, se consolide par les preuves et se préserve par la transparence.


Joël MUKADI BETU

Président national

ASSOMIP.Mu / ONG

Kinshasa, République démocratique du Congo

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