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Nord-Kivu, Ituri et l’Est de la RDC : entre insécurité, Ebola, déplacements, pauvreté et chômage, combien de temps encore les familles vont-elles tenir ?



Au Nord-Kivu, en Ituri et dans plusieurs autres régions de l’Est de la République démocratique du Congo, de nombreuses familles ne vivent plus réellement : elles tentent simplement de tenir. Chaque matin, un parent peut se réveiller avec la même question : « Qu’allons-nous manger aujourd’hui ? » Et à cette inquiétude s’en ajoute parfois une autre, encore plus angoissante : « Mes enfants pourront-ils rentrer à la maison ce soir ? »



Dans certaines zones, l’insécurité, les violences armées et les déplacements ont bouleversé le quotidien. La peur et l’incertitude se sont installées dans les foyers, obligeant des milliers de familles à vivre au jour le jour, avec des moyens toujours plus limités.


Quand la maladie s’ajoute à la peur


Comme si les conséquences des conflits ne suffisaient pas, la maladie à virus Ebola constitue une préoccupation supplémentaire pour les communautés concernées. Les familles doivent redoubler de vigilance, respecter les mesures d’hygiène et surveiller l’état de santé de leurs proches.


Derrière chaque dispositif de lavage des mains, chaque contrôle sanitaire ou chaque mesure de prévention, il y a surtout des parents qui aspirent à une vie normale : envoyer leurs enfants à l’école, travailler, rentrer chez eux et dormir sans craindre le lendemain.


Mais comment scolariser un enfant lorsque la famille peine déjà à se nourrir ?


Manger ou envoyer l’enfant à l’école ?


Dans certains ménages, le choix devient douloureux. Acheter les cahiers, l’uniforme et les chaussures peut signifier renoncer à une partie des besoins alimentaires. Acheter des médicaments peut également conduire à reporter d’autres dépenses essentielles.


Ainsi, certains enfants restent à la maison, non pas parce qu’ils refusent d’étudier, mais parce que leurs parents n’ont plus les moyens de répondre aux exigences de leur scolarité.


Cette réalité rappelle une évidence souvent oubliée : derrière chaque enfant absent de l’école se trouve parfois une famille confrontée à une urgence bien plus immédiate, celle de survivre.


Fuir avec presque rien


Pour les familles déplacées, l’épreuve est encore plus lourde. Certaines quittent leur maison avec quelques vêtements et quelques biens, sans même savoir où elles passeront la nuit.


Elles abandonnent leurs champs, leurs petits commerces, leurs activités professionnelles et, parfois, la scolarité de leurs enfants. Une fois déplacées, elles doivent encore affronter le manque d’eau potable, les difficultés de logement, l’accès limité aux soins et l’insécurité alimentaire.


Le déplacement ne signifie donc pas seulement perdre une maison. Il peut aussi signifier perdre son activité, ses revenus, ses repères et une partie de son avenir.


« Ça va aller » jusqu’à quand ?


Et pourtant, les familles continuent de se battre.


Elles cherchent du travail, vendent quelques marchandises, cultivent lorsqu’elles le peuvent, empruntent de l’argent ou sollicitent l’aide de proches. Certains parents réduisent même leurs propres repas pour que leurs enfants puissent manger.


Souvent, ils cachent leurs inquiétudes derrière une phrase simple : « Ça va aller. »


Mais combien de fois un parent peut-il répéter « ça va aller » lorsqu’il ne sait pas de quoi sera fait le lendemain ?


Le plus douloureux reste peut-être ce que les statistiques ne montrent pas. Derrière chaque déplacement, il y a une mère qui pleure son foyer. Derrière chaque abandon scolaire, il y a peut-être un rêve qui s’éloigne. Derrière chaque malade, il y a une famille qui cherche désespérément les moyens de payer les soins.


Et derrière chaque père qui rentre tard avec presque rien dans les mains, il y a souvent des enfants qui l’attendent en silence.


Ne jugeons pas trop vite


Face à cette situation, il faut aussi apprendre à regarder autrement les familles en difficulté.


Avant de se demander pourquoi un enfant n’a pas de nouveaux vêtements, pourquoi il lui manque des cahiers ou pourquoi une famille ne quitte pas une zone dangereuse, il faut peut-être commencer par poser une question plus fondamentale :


« Qu’est-ce que cette famille traverse en ce moment ? »


Beaucoup de parents font déjà l’impossible avec presque rien. Les juger davantage ne résoudra pas leurs difficultés.


L’Est a besoin de sécurité, mais aussi d’espoir


L’Est de la RDC a besoin de sécurité, mais également de solidarité. Les communautés ont besoin que les enfants puissent apprendre, que les familles puissent travailler, que les malades puissent être soignés et que les parents puissent nourrir leurs enfants sans devoir choisir entre le pain, les médicaments et l’école.


Car une population qui vit durablement dans la peur et le manque risque de perdre quelque chose de plus précieux encore que ses biens : l’espoir.


Alors, si vous êtes en sécurité aujourd’hui, ne considérez pas cette situation comme acquise. Si votre enfant peut aller à l’école, mesurez cette chance et, lorsque vous le pouvez, soutenez un autre enfant. Si une famille déplacée vit près de vous, ne la regardez pas seulement avec compassion : demandez-lui concrètement comment vous pouvez l’aider.


Au Nord-Kivu, en Ituri et dans d’autres territoires de l’Est, derrière chaque porte se cache peut-être une famille qui lutte en silence.


Et parfois, elle ne demande pas grand-chose : un peu de sécurité, un peu de nourriture, un peu de compassion… et surtout la possibilité de croire encore que demain sera meilleur.


Avec Pascal Nduyiri, journaliste en Ituri

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