Le Collectif des Journalistes d’Investigation du Kasaï-Central (CJI) demande l’ouverture d’une enquête indépendante sur la gestion et l’exploitation des ressources minières dans le territoire de Luiza. Le collectif a formulé cette demande ce samedi 15 août 2026 à Kananga, lors de la présentation des résultats d’une enquête consacrée principalement à l’exploitation de l’or dans cette partie de la province.
Présentés au cours d’une conférence de presse tenue au restaurant AGAPE, les résultats de l’enquête portent notamment sur les conditions d’exploitation des ressources minières, les acteurs impliqués ainsi que la gestion des revenus issus du secteur.
Le CJI, composé notamment des journalistes Jeff Mbuyi, Jean-Pierre Kabue, Fabrice Mbumba, Vidram Mbuyi et Théodore Kadima, affirme avoir réalisé ses investigations sur fonds propres.
Selon Fabrice Mbumba, cette enquête intervient notamment dans un contexte marqué par l’absence du rapport d’une commission de députés provinciaux qui avait été chargée d’examiner la situation de l’exploitation minière au Kasaï-Central.
Le journaliste précise que la démarche du collectif vise à documenter le potentiel minier de la province et à attirer l’attention sur les conditions dans lesquelles les ressources sont exploitées. Le CJI affirme ne viser aucune personnalité et dit souhaiter que les faits relevés soient soumis aux vérifications des autorités compétentes.
Présentant la cartographie minière de la province, le Journaliste Jean-Pierre Kabue a indiqué que les données de la Division provinciale des Mines font état de plusieurs ressources réparties dans les cinq territoires et la ville de Kananga. Il a notamment cité le diamant, le nickel, le chrome et l’or.
Pour sa part, Jeff Mbuyi a présenté les principaux acteurs et sites examinés dans le cadre de l’enquête. Parmi les entreprises et coopératives citées figurent Oxor Capital, Shashem, Recopane/Rekopane, LETA MBAVU Mining Company SARL, ainsi que COEMAL, COOEMAC et COMIDECO. Les sites de Kabanda Musefu, Sankaji et Sambuyi ont également été concernés par les investigations.
Le rapport du CJI fait état de plusieurs préoccupations liées à la gouvernance du secteur minier. Il évoque notamment des soupçons d’exploitation industrielle en situation irrégulière, des conditions contestées de présence d’exploitants étrangers et la circulation de sommes d’argent liées à l’accès à certaines concessions.
Le document mentionne également des allégations concernant Djory Ngandu Lukadi, actuel directeur de cabinet du gouverneur du Kasaï-Central. Le CJI rapporte une implication présumée dans la perception de frais auprès de certaines entreprises en lien avec l’accès à des concessions. Le collectif précise que ces éléments nécessitent des vérifications par les autorités judiciaires et administratives compétentes.
Autre préoccupation soulevée : la destination des revenus générés par l’exploitation minière à Luiza. Le CJI s’interroge sur les bénéficiaires réels de ces ressources, alors que les communautés locales continuent de faire face à des difficultés dans plusieurs secteurs, notamment l’accès aux écoles, aux structures sanitaires et aux routes.
Face à ces constats, le collectif recommande l’ouverture d’une enquête judiciaire indépendante sur les flux financiers évoqués dans son rapport. Il demande notamment la vérification d’une somme de 29 700 dollars américains mentionnée dans le dossier Sambuyi, ainsi que des accusations faisant état de 100 000 dollars qui auraient été réclamés à LETA MBAVU Mining Company.
Le CJI recommande également l’audit des activités et des titres miniers de certaines entreprises citées dans son rapport, ainsi que la vérification de la conformité des documents détenus par les exploitants étrangers et l’audit des coopératives minières opérant à Luiza.
Le collectif plaide par ailleurs pour la publication des recettes minières générées par le territoire de Luiza et de leur destination, l’établissement d’un registre public des exploitants autorisés et des titres miniers valides, ainsi que le renforcement de la protection des communautés locales.
Pour le CJI, l’amélioration de la gouvernance du secteur passe également par l’exécution effective des cahiers des charges et la mise en place d’un mécanisme permanent de contrôle des activités minières à Luiza.
Le collectif estime qu’une telle démarche permettrait de renforcer la transparence dans la gestion des ressources naturelles et de garantir une meilleure prise en compte des intérêts des communautés locales.
Isaac Mupoyi Tshimuenyi
