Par Félix Mulumba Kalemba
Chaque matin, Madame Jeanne Mukendi, 56 ans, se rend discrètement dans un centre de santé de Kananga, province du Kasaï-Central, au centre de la République démocratique du Congo, pour contrôler sa tension artérielle. Pendant plusieurs années, elle ne ressentait aucun symptôme. Jusqu'au jour où un malaise l'a conduite aux urgences. Le diagnostic est sans appel : hypertension artérielle, accompagnée d'un diabète de type 2. « Si j'avais fait un dépistage plus tôt, j'aurais évité beaucoup de souffrances », confie-t-elle ce mardi 21 juillet 2026.
Son histoire n'est pas un cas isolé. Au Kasaï-Central, les professionnels de santé constatent une augmentation progressive des cas de diabète et d'hypertension. Ces deux maladies chroniques, souvent silencieuses à leurs débuts, constituent aujourd'hui un défi majeur de santé publique. Elles sont étroitement liées aux modes de vie et peuvent entraîner de graves complications lorsqu'elles ne sont pas diagnostiquées ou prises en charge à temps. La Fondation Merck fait d'ailleurs de leur prévention et du dépistage précoce un axe central de ses programmes de sensibilisation.
Une maladie qui progresse dans le silence
Au Centre hospitalier Piscine de Siloe, le docteur Jean-Pierre Kalamba, médecin interniste, observe une évolution préoccupante.
« Nous recevons de plus en plus de patients souffrant d'hypertension ou de diabète. Beaucoup arrivent lorsque les complications sont déjà installées : accident vasculaire cérébral, insuffisance rénale, problèmes cardiaques ou perte de la vue. Pourtant, un dépistage précoce permettrait d'éviter ces situations. »
Selon lui, plusieurs facteurs expliquent cette progression : alimentation riche en sel, sucre et matières grasses, manque d'activité physique, consommation excessive d'alcool, tabagisme, stress permanent et automédication.
L'ignorance, premier ennemi
Dans plusieurs quartiers de Kananga, de nombreuses personnes ignorent qu'elles vivent avec une hypertension ou un diabète.
Paul Kabeya, 48 ans, raconte qu'il pensait souffrir simplement de fatigue.
« Je travaillais normalement jusqu'au jour où je me suis évanoui. À l'hôpital, on m'a appris que ma tension était très élevée et que mon taux de sucre dépassait largement la normale. »
Comme lui, beaucoup consultent uniquement lorsque les symptômes deviennent graves.
Le poids de la pauvreté
Au-delà du diagnostic, la prise en charge reste difficile. Les médicaments, les examens biologiques et le suivi médical représentent une charge importante pour de nombreuses familles.
Le docteur Jean-Pierre Kalamba explique que certains patients interrompent leur traitement faute de moyens financiers, augmentant ainsi les risques de complications.
Au Kasaï-Central, les spécialistes interrogés estiment que la fréquence de ces maladies augmente, notamment en milieu urbain.
Les professionnels de santé insistent sur quelques gestes simples notamment : contrôler régulièrement sa tension artérielle et sa glycémie ; réduire la consommation de sel, de sucre et d'aliments très gras ; pratiquer une activité physique régulière ; éviter le tabac et limiter l'alcool ; et consulter rapidement un professionnel de santé en cas de signes inhabituels ou pour un dépistage, même en l'absence de symptômes.
Sensibiliser pour sauver des vies
Pour Marie Tshibangu, responsable d'une association de lutte contre les maladies non transmissibles, la sensibilisation communautaire est indispensable.
« Beaucoup de décès pourraient être évités si la population connaissait mieux ces maladies et acceptait de se faire dépister régulièrement. »
Elle appelle les autorités sanitaires, les médias, les organisations de la société civile et les leaders communautaires à multiplier les campagnes d'information jusque dans les zones rurales.
Le diabète et l'hypertension ne font pas de bruit lorsqu'ils s'installent, mais leurs conséquences peuvent être dramatiques. Au Kasaï-Central, où les défis d'accès aux soins demeurent importants, la prévention, le dépistage précoce et une meilleure information de la population apparaissent comme les moyens les plus efficaces pour freiner leur progression. Pour les médecins, le message est clair : mieux vaut connaître sa tension et sa glycémie aujourd'hui que découvrir trop tard les complications de ces maladies silencieuses.


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