Kinshasa : Une lettre ouverte alerte le Chef de l’État sur les dérives des forces de l’ordre et l’insécurité urbaine

Une lettre ouverte adressée au Président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, dénonce une dégradation préoccupante du climat sécuritaire dans la capitale congolaise, marquée par des accusations d’extorsions, d’arrestations arbitraires et de collusion entre certains éléments des forces de l’ordre et des bandes criminelles.


Signée par Delphin Kasongo, journaliste et porte-parole du mouvement « Défendons le Congo », la correspondance datée du 28 février 2026 interpelle directement le Chef de l’État sur ce qu’elle qualifie de « dérive mercantile » au sein des services chargés de la sécurité publique à Kinshasa.


Dans sa lettre, l’auteur évoque notamment un cas survenu dans la commune de Makala, où un citoyen aurait perdu la vie après avoir été violemment battu par des militaires. Il présente cet épisode comme le symptôme d’une impunité persistante.


Le document fait également état d’arrestations ciblant des jeunes en raison de leur apparence physique, notamment leur coiffure ou leurs cheveux longs, dénonçant une pratique assimilée à une « chasse aux faciès ». Selon l’auteur, ces interpellations donneraient lieu à des transactions financières informelles, avec des montants de libération oscillant entre 100.000 et 200.000 francs congolais, sans procédure administrative régulière.


Ces accusations visent à la fois la Police nationale congolaise (PNC) et certains éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), dont la mission constitutionnelle est d’assurer la protection des personnes et des biens.


Soupçons de collusion avec les « Kuluna »


La lettre ouverte soulève également la question sensible d’une collaboration occulte entre certains agents de sécurité et des groupes criminels communément appelés « Kuluna », responsables de nombreux actes de banditisme urbain à Kinshasa.


L’auteur dénonce une supposée utilisation de ces bandes comme éclaireurs sur le terrain, allant jusqu’à évoquer des allégations de fourniture d’armes à des civils mal intentionnés. Des accusations graves qui, si elles étaient avérées, constitueraient une rupture majeure du contrat de confiance entre l’État et les citoyens.


Autre point soulevé : la gestion des sous-commissariats, accusés d’avoir abandonné leur mission première de veille sécuritaire pour se transformer en espaces de stockage de véhicules saisis, parfois installés sur les trottoirs.


Selon le document, cette occupation des espaces publics favoriserait la création de zones d’ombre propices aux agressions et à la dissimulation des malfaiteurs. L’auteur dénonce également la perception de taxes illicites liées à la gestion de marchés pirates installés sur la chaussée, au détriment de la sécurité routière et piétonne.


Mise en cause des autorités locales


La correspondance pointe par ailleurs l’inaction présumée de certaines autorités locales, notamment des bourgmestres et du ministre provincial de l’Intérieur, accusés de ne pas exercer un contrôle suffisant sur les unités déployées dans leurs juridictions.


Cette absence de supervision effective contribuerait, selon l’auteur, à un sentiment d’abandon ressenti par une partie de la population kinoise.


Face à cette situation, plusieurs recommandations sont formulées dans la lettre notamment : l’ouverture d’enquêtes indépendantes et la poursuite judiciaire des auteurs présumés de bavures et d’extorsions ; le démantèlement des fourrières installées sur les trottoirs autour des sous-commissariats ; un audit de la gestion des marchés urbains afin de mettre fin aux perceptions illégales de taxes par des agents de police ; et le renforcement de la discipline et de la formation éthique des forces de sécurité.


À travers cette démarche, le mouvement « Défendons le Congo » affirme vouloir attirer l’attention des plus hautes autorités sur la nécessité de restaurer l’autorité de l’État dans le respect des droits fondamentaux et de rétablir la confiance entre les citoyens et les institutions sécuritaires.


Félix Mulumba Kalemba

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