À Kamonia, chef-lieu du territoire du même nom dans la province du Kasaï, le nouveau marché construit grâce au financement de la Banque africaine de développement (BAD) peine à attirer les commerçants. Pendant ce temps, les principales artères de la cité se transforment progressivement en espaces de vente improvisés, communément appelés « marchés pirates ».
Bâches, tables en bois, cartons et étals de fortune occupent désormais les accotements des routes. Des vendeuses de poissons salés, de légumes, de friperies et des pièces détachées exposent leurs marchandises au milieu de la circulation, provoquant des embouteillages, des bousculades et augmentant les risques d’accidents.
« Les marchés pirates occupent des zones de trafic intense, exposant piétons, motos et véhicules à un danger permanent », témoigne une autorité locale sous couvert d’anonymat.
Pourtant, le marché moderne de Kamonia avait été construit pour répondre à ces défis. L’infrastructure devait permettre de moderniser les activités commerciales, améliorer les conditions d’hygiène, sécuriser les vendeurs et mettre fin à l’occupation anarchique des voies publiques.
Mais sur le terrain, le constat est différent. Les installations sont disponibles, les hangars sont en bon état et les allées sont propres, mais les espaces commerciaux restent largement inoccupés. Seuls quelques vendeurs y exercent encore leurs activités.
Plusieurs commerçants justifient leur refus de rejoindre le nouveau site par différentes raisons. Certains évoquent l’éloignement, le manque de clientèle ou encore les frais liés à l’installation. D’autres avancent des inquiétudes liées à des rumeurs sur les conditions d’accès au marché.
« On nous a dit que le nouveau marché nécessiterait un sacrifice », affirme une vendeuse de manioc, tandis qu’une autre explique que « les clients préfèrent toujours acheter au centre de Kamonia où ils ont leurs habitudes ».
Pour l’administration locale, cette situation constitue un véritable défi. Malgré les campagnes de sensibilisation, les communiqués et les interventions sur le terrain, les commerçants continuent d’occuper les espaces publics.
« Nous donnons des instructions, mais elles ne sont pas suivies. Il y a une résistance persistante », regrette une source administrative.
Cette situation pose un double problème : d’une part, la sécurité des usagers de la route est menacée par l’occupation des artères ; d’autre part, un investissement public important risque de ne pas atteindre ses objectifs.
Face à cette réalité, la plateforme de vigilance citoyenne COPPROVIGUE/Kasaï plaide pour une approche basée sur le dialogue et la sensibilisation de proximité. Elle recommande notamment l’implication des chefs de quartiers, des associations des femmes et des jeunes afin d’expliquer aux commerçants les avantages du nouveau marché en matière de sécurité, d’hygiène et de meilleures conditions de travail.
L’organisation appelle également les autorités provinciales, l’administrateur du territoire de Kamonia et les acteurs de la société civile à organiser une concertation urgente pour trouver une solution durable à cette situation et préserver cet investissement au bénéfice de la population.
Sadam Kapanda Wa Kapanda
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