La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a exprimé sa position sur le débat constitutionnel. Pour l’Église catholique, il n’est ni opportun ni nécessaire de modifier la Constitution dans le contexte actuel. Toutefois, les deux chambres du Parlement ont déjà validé le projet de révision constitutionnelle dans le cadre du processus référendaire et l’ont transmis à la présidence pour promulgation. Cette prise de position de la Cenco suscite des réactions contrastées au sein de la classe politique. Plusieurs représentants du peuple estiment que l’avis de l’Église ne doit pas « arrêter » la dynamique institutionnelle en cours, rappelant que la souveraineté appartient au peuple congolais et qu’elle s’exercera à travers le référendum. Certains acteurs politiques critiquent toutefois l’intervention de la Cenco, qu’ils jugent inappropriée dans un processus qu’ils considèrent comme relevant exclusivement des institutions républicaines et du peuple souverain. Pour eux, le débat constitutionnel doit suivre son cours normal sans interférences extérieures. Dans cette logique, ils affirment que le peuple demeure le seul habilité à trancher la question constitutionnelle à travers le référendum, dans le respect des procédures prévues par la loi fondamentale.
Réunie en assemblée plénière extraordinaire à Kinshasa du 18 au 20 juin, la Cenco a livré une position sans ambiguïté. Dans une déclaration lue à l’issue des travaux, les évêques catholiques ont estimé qu’un changement de la Constitution ne répond aujourd’hui à « ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité » pour la République démocratique du Congo.
L’Église catholique justifie sa position par le contexte sécuritaire et politique que traverse le pays. Pour les évêques, l’organisation d’un référendum constitutionnel dans les circonstances actuelles pourrait accentuer les tensions et fragiliser davantage la cohésion nationale.
« De tout ce qui précède, après un profond discernement, nous ne voyons ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité du changement de la Constitution. La priorité aujourd’hui en RDC Congo c’est la paix, le bien-être social du peuple congolais, l’unité et la cohésion nationale », a tranché la Cenco.
L’institution ecclésiastique a également appelé le président de la République à demeurer fidèle à son serment de respecter et de défendre la Constitution. Dans le même temps, elle a invité les citoyens à « faire preuve de vigilance pour s’opposer par tous les moyens légaux et pacifiques à toute tentative de modification des articles verrouillés » de la Constitution.
Une position contestée par certains acteurs politiques
Cette sortie de la Cenco n’a pas tardé à susciter des réactions au sein de la classe politique. Plusieurs élus et responsables de la majorité présidentielle considèrent que l’Église catholique est sortie de son rôle pastoral en prenant position sur une question qu’ils estiment relever avant tout du débat démocratique et institutionnel.
Parmi eux figure le député national Olivier Katuala, qui défend le principe selon lequel la souveraineté appartient exclusivement au peuple. Pour cet élu, aucune institution, qu’elle soit politique, religieuse ou sociale, ne peut se substituer à la volonté populaire lorsqu’elle s’exprime à travers les mécanismes prévus par la Constitution.
« La Cenco outrepasse son rôle pastoral ; seul le peuple souverain décide de sa Constitution. J’invite nos compatriotes à préserver l’unité nationale, à demeurer attachés aux valeurs démocratiques et à faire confiance aux mécanismes républicains prévus par la Constitution », affirme-t-il.
Dans les rangs des partisans de la réforme constitutionnelle, on soutient que le recours au référendum constitue l’expression la plus directe de la démocratie. Selon eux, si une consultation populaire est organisée conformément aux procédures légales, le dernier mot reviendra aux électeurs et non aux institutions intermédiaires.
Le référendum au cœur du débat
Au-delà des prises de position politiques et religieuses, le débat révèle une opposition plus profonde sur la manière d’aborder les réformes institutionnelles dans un pays confronté à de nombreux défis sécuritaires, économiques et sociaux.
Les opposants à la révision estiment que les priorités du moment devraient porter sur la paix, la sécurité et l’amélioration des conditions de vie des populations. Les partisans du changement considèrent, de leur côté, qu’aucun sujet ne devrait être exclu du débat démocratique dès lors qu’il est traité dans le respect de la Constitution et des lois de la République.
Dans ce contexte, la question constitutionnelle apparaît comme l’un des principaux sujets de confrontation politique des prochains mois. Entre les appels à la prudence de la Cenco et les revendications de ceux qui invoquent la souveraineté populaire, le débat est loin d’être clos et continue de structurer les positions des différents acteurs de la vie publique congolaise.
Une chose semble toutefois faire consensus : quelle que soit l’issue du processus, celle-ci devra s’inscrire dans le respect des institutions républicaines, de l’État de droit et de la cohésion nationale.
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