À Kananga au Kasaï-Central, la question de l’éventuel accueil en République démocratique du Congo de ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis suscite de vives réactions. Entre inquiétudes populaires et lecture institutionnelle du dossier, l’analyste politique Marcel-Richard Kasonga Mwanza tente de nuancer le débat et d’appeler à une approche plus rationnelle, ce mercredi 8 avril.
Selon l’analyste basé à Kananga, l’annonce de cet accord a été accueillie de manière contrastée. « Cette nouvelle a été mal perçue par certains compatriotes et bien accueillie par d’autres », explique-t-il.
Les réticences s’expliquent notamment par le contexte sécuritaire du pays, en particulier les tensions persistantes dans l’Est. Pour une partie de la population, l’idée d’accueillir des étrangers supplémentaires ravive des craintes liées à des expériences passées. « Nous traversons une période difficile, avec des problèmes liés à des populations venues d’ailleurs et perçues aujourd’hui comme une menace », souligne-t-il.
Face à ces inquiétudes, Marcel-Richard Kasonga Mwanza appelle à faire confiance à l’État congolais. Il insiste sur le fait que de telles décisions ne sont pas prises à la légère. « L’État est informé, entouré d’experts et de services compétents. Une décision de cette nature est le fruit d’études minutieuses que la population n’a pas toujours accès », affirme-t-il.
Il évoque notamment le rôle du ministère des Affaires étrangères, dont les analyses et les enquêtes préalables guideraient ce type d’engagement international. Pour lui, la population devrait donc éviter les jugements hâtifs et accorder un crédit aux institutions.
Dialogue national ou prérogative constitutionnelle ?
L’opposition, de son côté, réclame l’organisation d’un dialogue national avant toute signature d’un tel accord. Une exigence que l’analyste relativise. « Il faut d’abord se référer à la Constitution. Si la loi n’interdit pas au président de signer un tel accord, pourquoi exiger systématiquement un dialogue ? », interroge-t-il.
Il estime que cette posture relève aussi du jeu politique : « L’opposition a besoin de sujets pour exister dans le débat public. Elle saisit souvent ces opportunités pour se faire entendre». Sur le fond, Marcel-Richard Kasonga Mwanza insiste sur le caractère temporaire de la mesure. Les personnes concernées ne seraient pas destinées à s’installer durablement en RDC.
« Il s’agit d’une solution transitoire, dans le cadre des relations internationales et des conventions sur les réfugiés », précise-t-il. Il rappelle également que ce type d’accord n’est pas inédit et s’inscrit dans une logique de coopération internationale, où plusieurs États participent à la gestion des flux migratoires.
Un coût supporté par les États-Unis ?
L’un des arguments majeurs avancés par l’analyste concerne la prise en charge financière. Selon lui, les coûts liés à l’accueil de ces migrants ne pèseraient pas sur le budget congolais.
« Ce ne sera pas le trésor public congolais qui prendra en charge ces personnes, mais des fonds alloués par l’État américain », explique-t-il. Un élément qui, selon lui, justifie l’acceptation de cet accord par les autorités congolaises, dans la mesure où il n’entraînerait pas de charge économique directe pour un pays déjà confronté à des défis budgétaires.
Enfin, face aux doutes sur la capacité du pays à gérer une telle opération dans un contexte économique fragile, l’analyste se veut rassurant. « L’État ne communique pas toujours sur toutes les étapes de préparation. Mais lorsqu’une décision est prise, cela signifie qu’un travail en amont a été réalisé », conclut-il.
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