La controverse autour du débat sur le changement de la Constitution en République démocratique du Congo (RDC) continue d’alimenter les réactions dans l’opinion publique et au sein de la classe politique. Dans ce contexte, l’Association nationale des victimes au Congo (ANVC) s’est dite profondément consternée par les récentes déclarations du professeur Modeste Bahati Lukwebo, deuxième vice-président du Sénat, qui s’est publiquement opposé à toute initiative visant à modifier la Loi fondamentale.
Dans une déclaration rendue publique ce dimanche 8 mars, l’ANVC affirme que ces propos sont en décalage avec les aspirations d’une partie importante de la population congolaise qui souhaite voir s’ouvrir un débat sur l’adaptation de la Constitution aux réalités actuelles du pays.
Une pétition de 100.000 signatures
Pour appuyer sa position, l’organisation indique avoir récemment déposé une pétition forte de 100.000 signatures auprès des autorités compétentes. Cette initiative citoyenne vise, selon l’ANVC, à solliciter l’ouverture d’un processus de réflexion sur le changement de la Constitution afin de répondre aux attentes du peuple congolais. D’après cette association, les signataires de cette pétition expriment notamment les préoccupations de plusieurs communautés affectées par les crises sécuritaires et humanitaires que connaît le pays.
L’ANVC affirme en particulier que des populations originaires de la région du Kivu figurent parmi les signataires, celles-ci estimant que certaines réformes institutionnelles pourraient contribuer à renforcer la stabilité politique et sécuritaire du pays.
Des propos jugés « injustes »
Dans ce contexte, l’organisation considère que la sortie médiatique de Modeste Bahati Lukwebo est « injuste » et ne tient pas compte des aspirations exprimées par une frange de la population congolaise. Selon l’ANVC, la prise de position du deuxième vice-président du Sénat risque d’alimenter les tensions politiques autour d’un débat qui mérite, selon elle, d’être abordé de manière ouverte et inclusive.
L’association estime également que les responsables politiques occupant de hautes fonctions institutionnelles devraient faire preuve d’une plus grande sensibilité face aux attentes exprimées par les citoyens. Dans sa déclaration, l’ANVC appelle par ailleurs les élus issus de la région du Kivu à prendre leurs responsabilités face aux propos du leader politique.
L’organisation exhorte notamment les députés provinciaux et les représentants politiques de cette région à se désolidariser de la position du professeur Bahati Lukwebo, rappelant que les sénateurs sont élus au suffrage indirect par les députés provinciaux. Selon l’ANVC, ces élus devraient réévaluer leur soutien politique à l’égard du responsable politique afin de refléter, selon elle, la volonté exprimée par une partie de la population.
Le Sénat se démarque
Pendant ce temps, au sein même du Sénat, certaines voix se sont également élevées pour préciser que les propos du deuxième vice-président n’engagent pas l’institution. Des sources parlementaires indiquent que la position exprimée par Modeste Bahati Lukwebo relève d’une opinion personnelle et ne constitue pas la position officielle de la chambre haute du Parlement.
Cette mise au point intervient dans un contexte où le débat autour de l’éventuelle révision ou du changement de la Constitution reste particulièrement sensible en République démocratique du Congo. La question du changement de la Constitution demeure l’un des sujets les plus débattus dans le paysage politique congolais. Tandis que certains acteurs estiment qu’une réforme institutionnelle pourrait être nécessaire pour adapter le fonctionnement de l’État aux réalités actuelles, d’autres plaident pour le strict respect du texte en vigueur.
Dans ce climat politique marqué par des positions divergentes, les réactions suscitées par les propos de Modeste Bahati Lukwebo illustrent la sensibilité du débat et la profondeur des enjeux institutionnels qu’il soulève pour l’avenir de la République démocratique du Congo.
Félix Mulumba
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