À l’occasion du 20ᵉ anniversaire de la Constitution de la République démocratique du Congo, promulguée le 18 février 2006, le politologue Marcel-Richard Kasonga Mwanza, basé à Kananga (Kasaï Central), livre une analyse nuancée sur les avancées et les défis liés à cette loi fondamentale.
D’emblée, l’analyste rappelle que cette Constitution constitue un pilier majeur de l’État congolais moderne. « C’est un acte fondamental qui a donné naissance à la Troisième République. Elle a permis la mise en place des institutions politiques et administratives que nous connaissons aujourd’hui », souligne-t-il.
Une Constitution utile, mais perfectible
Selon lui, la Constitution de 2006 a marqué une rupture avec les régimes antérieurs, notamment en instaurant le pluralisme politique et en mettant fin aux systèmes autoritaires à parti unique. Elle a ainsi contribué à structurer la vie démocratique et à encadrer l’exercice du pouvoir.
Cependant, Marcel-Richard Kasonga Mwanza estime que ce texte présente également des limites. Il pointe notamment son origine, issue du contexte de sortie de guerre et des accords politiques entre anciens belligérants.
« Cette Constitution est née dans un contexte particulier, celui du partage du pouvoir entre acteurs issus de groupes armés. Cela pose la question de son caractère pleinement républicain », analyse-t-il.
Réagissant aux propos de Modeste Bahati Lukwebo sur la nécessité de changer d’abord les mentalités avant de réviser la Constitution, l’analyste adopte une position équilibrée.
Il reconnaît la pertinence de cet argument : « Une Constitution reflète les aspirations et la culture d’un peuple. Si la mentalité ne suit pas, même la meilleure loi peut être mal appliquée. »
Mais il insiste également sur le fait qu’aucune Constitution n’est immuable. « Partout dans le monde, une Constitution peut être révisée ou changée si le peuple estime qu’elle ne répond plus à ses réalités. »
Le moment est-il opportun ?
Pour Kasonga Mwanza, les 20 ans d’existence de la Constitution constituent un moment propice pour engager une réflexion de fond. « Vingt ans, c’est une durée suffisante pour évaluer une Constitution. Le moment est donc opportun si le peuple en exprime le besoin », affirme-t-il.
Il rejette l’argument selon lequel le contexte sécuritaire, notamment à l’Est du pays, empêcherait toute réforme : « L’histoire de la RDC montre que le pays a toujours évolué malgré les crises. Ce n’est pas un obstacle absolu. »
Pour une Constitution véritablement républicaine
L’analyste plaide pour une réforme qui partirait réellement des aspirations populaires. Il insiste sur la nécessité d’un processus inclusif impliquant toutes les couches sociales :
« Il faut associer non seulement les élites, mais aussi les citoyens ordinaires, les chefs coutumiers, les professionnels de différents secteurs. Une Constitution doit refléter la réalité du peuple congolais. »
Il critique également une certaine dépendance aux modèles étrangers dans l’élaboration des textes juridiques : « Nous devons éviter de copier des modèles qui ne correspondent pas à notre contexte socioculturel. »
Sur la question des mandats, Kasonga Mwanza estime que toute nouvelle Constitution ouvrirait une nouvelle phase institutionnelle, permettant à tous les acteurs politiques de se repositionner.
Toutefois, il met en garde contre l’allongement de la durée des mandats : « Augmenter la durée à sept ans ne serait pas bénéfique. Il vaut mieux maintenir des mandats plus courts pour favoriser l’alternance et limiter les dérives. »
Le défi de la mentalité politique
Enfin, l’analyste insiste sur un enjeu central : la mentalité des dirigeants et des citoyens. « Le véritable problème reste la manière dont le pouvoir est exercé. Sans changement de mentalité, même une nouvelle Constitution risque de produire les mêmes effets. »
Il appelle notamment à renforcer la culture de la continuité de l’État : « Chaque dirigeant devrait poursuivre les projets initiés par son prédécesseur, au lieu de tout remettre en cause. »
Pour Marcel-Richard Kasonga Mwanza, la Constitution de 2006 a posé les bases de la démocratie congolaise, mais elle doit aujourd’hui être réévaluée à l’aune des réalités actuelles.
Entre nécessité de réforme et exigence de transformation des mentalités, il estime que l’avenir institutionnel de la RDC dépendra avant tout de la capacité du peuple à définir lui-même les règles qui régissent son destin collectif.
Félix Mulumba

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