mardi 3 février 2026

Kasaï : route Tshikapa–Kandjanji à l’arrêt, agents impayés et fin imminente du contrat de TOHA Investment

 


À deux semaines de l’échéance contractuelle, le projet de construction de la route moderne Tshikapa–Kandjanji, dans la province du Kasaï, laisse derrière lui un goût d’inachevé, de frustrations sociales et de profondes interrogations sur la gestion des grands travaux publics en République démocratique du Congo.


Prévu pour une durée de 30 mois, le contrat liant la société TOHA Investment SARL au gouvernement congolais, à travers le ministère des Infrastructures et Travaux publics (ITP), arrive à son terme le 23 février 2026. Pourtant, sur le terrain, les objectifs annoncés sont loin d’être atteints : la route demeure inachevée, tandis que plusieurs agents affectés aux postes de péage et de pesage ont été remerciés sans avoir perçu quatre mois de salaires.


Un chantier stratégique aux résultats décevants


Signée en octobre 2023, la convention entre TOHA Investment et l’État congolais prévoyait le démarrage des travaux en janvier 2024 pour la construction de la route Tshikapa–Kamako (120 km), incluant la bretelle de 27 km vers Kandjanji, la réalisation de trois postes de péage et de pesage, des voiries urbaines à Tshikapa et Kamako, des infrastructures sociales, ainsi qu’un poste frontalier moderne à Kamako.


Mais malgré l’importance stratégique de cet axe reliant la ville de Tshikapa à la frontière, les travaux ont rapidement été marqués par des arrêts prolongés, une lenteur persistante et une avancée jugée insignifiante par plusieurs observateurs. Sur certains tronçons, le chantier est décrit comme « pataugeant dans la boue », symbole d’un projet enlisé.


Des difficultés financières et des accusations persistantes


TOHA Investment a, à plusieurs reprises, évoqué des problèmes de financement pour justifier le ralentissement des travaux. Ces difficultés ont conduit à des demandes de résiliation du contrat, formulées par des élus et des acteurs locaux, qui dénonçaient l’incapacité financière et opérationnelle de l’entreprise.


Bien que les travaux aient timidement repris en janvier 2026, cette relance tardive n’a pas suffi à rassurer l’opinion publique. Pire encore, TOHA a été accusée d’avoir envisagé la perception de péages avant l’achèvement des travaux, une pratique pourtant non autorisée par le contrat.


Des agents remerciés sans salaire


La situation sociale sur le projet est tout aussi préoccupante. Les contrôleurs et receveurs engagés pour le fonctionnement des postes ont été remerciés le 22 janvier 2026, après avoir signé leurs contrats le 11 septembre 2025. Ces agents affirment n’avoir jamais perçu leurs rémunérations durant quatre mois et plusieurs semaines de service.


Selon les termes convenus, les contrôleurs devaient toucher 550 dollars américains par mois, contre 400 dollars pour les receveurs. À la veille de la clôture du contrat, ils se retrouvent sans salaire ni indemnisation, suscitant indignation et sentiment d’injustice.


Une technologie annoncée, mais peu visible


Pour garantir la durabilité de l’ouvrage, TOHA Investment avait annoncé l’utilisation d’une technologie de stabilisation du sol à base de polymères géocellulaires Neoloy, en partenariat avec une entreprise spécialisée. Les analyses de laboratoire avaient pourtant confirmé la bonne portance du sol, le Neoloy devant permettre de porter la durée de vie de la route à 30 ans, tout en réduisant les coûts d’entretien.


Cependant, sur le terrain, ces innovations promises restent largement invisibles, renforçant le scepticisme quant à la réelle mise en œuvre des engagements techniques du projet.


Vers une résiliation inévitable ?


Malgré la présence d’une mission mixte de contrôle composée du BTC/BEBTP-C et de l’ACGT, censée accompagner et superviser les travaux, le bilan demeure largement négatif. Retards chroniques, promesses non tenues, soupçons de mauvaise gestion et tensions sociales ont fini par fragiliser un projet pourtant vital pour le désenclavement du Kasaï.


À l’approche de la fin du contrat, la pression s’intensifie pour une résiliation pure et simple, voire une réattribution du marché à une entreprise capable de mener le chantier à terme. Pour la population du Kasaï, l’enjeu est clair : voir enfin se concrétiser une route moderne, gage de développement économique, de mobilité et d’intégration régionale.


Sadam Kapanda wa Kapanda

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